La Thaïlande dit non aux casinos
Le samedi 11 février, pendant que l’attention du public se focalisait sur un rassemblement de manifestants dans le centre de Bangkok [60 000 personnes demandaient la démission du Premier ministre Thaksin], la police a démantelé le plus gros réseau de jeux clandestins de la ville. Organisé avec une précision quasi militaire, ce coup de filet a permis d’arrêter plus de 260 joueurs et de saisir quelque 152 millions de bahts [32 millions d’euros] en espèces et en jetons, ainsi que 62 voitures. Une opération spectaculaire, qui aura eu le mérite de braquer les projecteurs sur la question de la légalisation du jeu.
Au lendemain d’une rafle similaire effectuée en juin dernier, le ministre du Tourisme et des Sports, Pracha Maleenont, avait tenté de faire passer un projet de salles de jeux légales contrôlées par l’Etat. Comme le soulignent les partisans de M. Pracha, il serait certes préférable de permettre aux joueurs de dépenser leur argent dans le pays plutôt que de voir les Thaïlandais aller gaspiller leurs devises dans les casinos de Macao, de Poipet [ville frontalière entre le Cambodge et la Thaïlande], de Genting Highlands [une station d’altitude située à 50 kilomètres de la capitale de la Malaisie, Kuala Lumpur] ou de Victoria Point, au Myanmar [près de la ville de Kawthaung, située en face de la ville thaïlandaise de Ranong]. Singapour n’est-il pas revenu l’an dernier sur sa politique des dernières décennies en annonçant l’ouverture, d’ici à 2009, de luxueux casinos ? En accordant des licences de casino au nom du développement touristique et en faisant entrer de l’argent dans les caisses de l’Etat, ferions-nous autre chose que légitimer une pratique existante ?
La raison pour laquelle les gouvernements, les hommes politiques et les milieux d’affaires s’intéressent autant aux salles de jeux réside dans les profits astronomiques qu’elles rapportent. Toutefois, non seulement ces bénéfices ne constituent pas la solution miracle pour résoudre les problèmes économiques, mais la légalisation des jeux entraînerait une foule de problèmes dans son sillage.
Ce qu’il faudrait plutôt combattre, ce sont les syndicats du crime, la corruption généralisée, les prêts usuraires, l’extorsion de fonds et les grands problèmes sociaux et familiaux. Le jeu illégal est déjà un passe-temps national. Les Thaïlandais dépensent 300 milliards de bahts [64 milliards d’euros] par an dans des jeux légaux comme la loterie nationale et les courses hippiques, et illégaux comme le loto clandestin et les paris sur les résultats sportifs. La Thaïlande peut se prévaloir de bénéficier d’attractions touristiques basées sur ses richesses naturelles et ses traditions. Et nous n’avons aucune raison de chercher à développer un tourisme de niche basé sur la cupidité.

