Considérations théoriques sur le holdem
Cet article discute de différentes considérations stratégiques propres au holdem et met en avant quelques notions que tout joueur doit prendre en compte lors d’un coup de poker. Les idées discutés ici requiérent des connaissances préalables qui ne sont pas présentés dans ce texte. Nous invitons le lecteur désireux de les aborder, à consulter le livre électronique "Hold’em : Théorie et Pratique" (à paraître bientôt) qui présentera en détail les concepts dont il est question ici.
La discussion traite en parculier du holdem limit, mais les idées qu’il en ressort restent valables pour d’autres variantes et d’autres structures.
La théorie générale et le concept de rentabilité
Le meilleur jeu au poker est généralement celui qui consiste à choisir entre check/call, bet/raise et fold le mouvement qui offre la meilleure espérance de gains. Pour déterminer l’espérance de gain réelle à partir de l’estimation des chances que l’on peut faire de gagner le coup, il faudrait réaliser plusieurs calcul relativement longs. Heureusement il n’est jamais nécessaire de calculer son espérance et il est même trivial de déterminer entre les trois mouvements possibles, lequel est le meilleur.
Folder est généralement le mouvement le plus facile à faire. Il posséde une espérance nulle. Aussi, si vous mettez votre adversaire sur une meilleure main que la votre, et que vos cotes pour une main capable de le battre sont supérieures à celle que vous offre le pot, il n’existe aucun choix alternatif envisageable qui soit rationnel à ce stade. Vous devez folder.
Le choix entre check/call et bet/raise est légérement plus complexe. D’un point de vue rentabilité, vous devriez bet/raise lorsque vos chances de remporter le coup sont égales au supérieures à votre part de participation au pot sur le tour d’enchére. Autrement dit, vous pensez avoir 50% ou plus de chances de l’emporter face à un adversaire, il est rentable alors de miser, de même avec 33% face à deux adversaires, 25% face à 3 ou 20% à 4 etc... (en supposant qu’ils suivent). Le check/call est préférable quand le bet/raise ne l’est pas et que vos cotes comparés au pot vous offrent une rentabilité positive.
En résumé :
* Fold : Main perdante et absence de cotes suffisantes.
* Call : Main probablement derriére mais cotes comparés au pot favorables.
* Raise : Main rentable sur le tour d’enchére.
Ces quelques considérations sont valables pour toute forme de gambling et vous devriez à chaque fois y revenir en cas de doute. Toutefois, les concepts dont nous allons maintenant parler changent légérement les choses.
Déception et variations sur le schéma de base
De part sa structure, le poker est un jeu à information incompléte. Pour estimer vos chances et donc prendre la meilleure décision, vous ne pouvez principalement vous baser que sur les mises de vos adversaires qui vous renseignent sur leur main. De même, la réciproque est vrai, et vous pouvez utiliser les mises afin d’essayer de tromper vos adversaires dans leurs estimations pour mener à bien votre coup. C’est ce que l’on appelle la déception, et qui se traduit soit par le fait de ne pas miser une main qui devrait l’être (slowplay) soit par celui de miser avec une main inférieure ou du même ordre que celle de vos adversaires (bluff). Ce sont employés au bon moment des armes redoutables. En plus de l’absence d’information sur les mains adverses d’autres attributs de la structure du hold’em influent sur les choix stratégiques. Ces facteurs sont l’existence de plusieurs tours de mise, le dévoilement successif des cartes, et l’augmentation au tournant de la taille réglementaire des mises.
On pense en général qu’il faut slowplayer lorsqu’on posséde une main forte et qu’on estime qu’en ne misant pas les autres joueurs vont apporter plus d’argent au pot. A cette seconde condition nécessaire (certains joueurs slowplayent dès qu’ils possédent une main forte, et s’étonnent de voir le coup chécké jusqu’au dévoilement) s’ajoute une troisiéme condition qui dépend principalement de l’équité du pot et qui entraine souvent la nécessité de protéger sa main, et donc miser/relancer dans des situations quelquefois non rentables, le but étant de faire fuir les adversaires qui pourraient vous outdrawer avec les cartes à venir. Prennons un exemple :
Vous possédez 66 au gros blind. Le pot a été relancé préflop par le bouton, et 5 joueurs sont dans le coup. Le flop est 568 vous donnant probablement la meilleure main. (5 BB dans le pot).
Trois options s’offrent à vous :
* L’option standart qui consiste à ouvrir en accord avec ce que nous avons vu précédement.
* Le slowplay qui consisterait ici à caller jusqu’au turn, ou même jusqu’à la river si on suppose que le relanceur initial misera jusqu’au bout. Avec l’idée de relancer le plus tard possible.
* Protéger sa main en check raisant le bouton dès le premier tour d’enchére post flop afin d’essayer de faire fuir par exemple d’éventuels 7 qui pourraient vous outdrawer.
Le meilleur choix est souvent très difficile à faire. En général, le principal critére à prendre en compte pour protéger sa main est la taille du pot. Plus il est important, plus il est nécessaire d’essayer d’en prendre possession le plus vite possible. Mais plus il est important plus vos adversaires auront raison de suivre. Aussi, c’est souvent une erreur que de tenter de protéger sa main contre un tirage couleur mais entre deux choix aussi rentables en terme de mise, c’est celui qui évince le plus d’adversaires qui est préférable.
Ici, il est sans doute mieux d’appliquer l’option standart plutôt que de slowplayer. Vos chances sont bonnes pour que le bouton relance votre mise faisant ainsi grossir le pot. En check raisant vous éliminez d’autres joueurs susceptibles d’ajouter de l’argent au pot avec des mains inférieures à la votre. Vous diminuez votre rentabilité. Mais d’un autre côté, vous protégez aussi le pot. Comme c’est souvent le cas en limit, la protection serait dans le cas présent inutile contre un 7 bénéfiçiant d’un tirage à double entrée. Relancer le bouton, aménerait les cotes effectives d’un joueur possédant un 7 à 6.5:1 ce qui ne devrait pas suffire à le faire fuir, mais pourrait évincer des overcards qui n’ont aucune chances de vous outdrawer, et que vous préféreriez donc voir rester. Cela dit, avec un peut de chance, vous pourriez faire partir un 4 ou un 9.
Dans ce cas particulier, considérant surtout que le pot est faible en comparaison des mises que vous pouvez retirer il vaut sans doute mieux choisir l’option standart. La rentabilité d’un slowplay serait probablement inférieure, et protéger sa main ferait principalement fuir des mains qu’on préférerait voir rester.
Supposons pour terminer, qu’il soit maintenant préférable dans un coup semblable à celui-ci de protéger sa main (pot plus gros, joueurs très weaks pouvant folder quand ils ont les cotes, uniquement des tirages ventraux et backdoor...). Vous chéckez, et le joueur à votre gauche ouvre en entrainant le call d’autre joueurs, ainsi que du bouton. Votre tentative de protection a échoué, mais même s’il vous est impossible de protéger alors efficacement votre main, un check-raise de ce même joueur au tournant grossira considérablement un pot sur lequel vous êtes favori. Le coup reste largement profitable voir le devient souvent encore plus.
Lorsque vous flopperez une main faite, vous aurez généralement à choisir entre ces trois options de jeu. Jouer de façon standart, sous-jouer pour grossir le pot, ou sur-jouer pour protéger votre main (protéger sa main ce n’est pas toujours la sur-jouer, mais ce sera fréquemment le cas). Les paramétres à considérer sont très nombreux, et rendent la décision souvent complexe. Vous devrez considérez la taille du pot, la force de votre main, les mains adverses probables et la chance d’être outdrawé en fonction de la texture du tableau.
En résumé :
* Vous devez employer l’option standart dans tout les cas de figure ou vous avez un doute quand au choix à faire. Vous pensez être favori, misez, vous pensez avoir les cotes, suivez, vos chances sont trop faibles, alors foldez.
* Vous devez slowplayer quand vous pensez qu’en jouant ainsi vous aménerez plus de sous dans le pot qu’avec l’option standart et que les chances de vous faire outdrawer sont faibles (ou que la protection est inutile, mais soyez certain qu’elle l’est rarement).
* Vous devez protéger votre main quand celle ci est forte, que le pot est conséquent, et qu’il y a de bonnes chances pour qu’un adversaire tire une main supérieure à la votre.
Nous venons briévement de considérer les cas ou on posséde une bonne main, main qu’en est il lorsque celle-ci est assez mauvaise.
Le bluff est l’inverse du slowplay. L’option standart voudrait en général qu’on checke ou folde avec une main relativement faible, ou marginale, mais il faut considérer que miser apporte des chances de s’emparer du pot sans avoir à montrer ses cartes. Le bet/raise est le seul mouvement qui augmente vos chances de victoire indépendement des cartes en présence.
Les critéres à prendre en considération pour bluffer sont :
* Le nombre d’adversaires : moins il y en a, plus un bluff à de chances de fonctionner.
* La texture du tableau : il est plus facile de bluffer sur un board possédant une seule carte haute que sur un tableau en contenant plusieurs susceptibles d’être dans des mains adverses. Si le tableau ne contient aucune carte haute, plus la limite est basse et/ou le pot gros, plus vos adversaires risquent de suivre avec des overcards.
* Les possibilités de s’améliorer : Ce que Sklansky nomme le semi-bluff. Il est plus profitable de bluffer avec une main gardant des chances d’amélioration qu’avec rien en main. Inversement sur la riviére, si le pot est gros et votre adversaire faible, plus vos chances de gagner le showdown sont minces, plus vous devriez être enclin à bluffer.
Rappellez vous aussi, qu’il vaut mieux souvent faire subir le coup, que le subir soit même. Si vous pensez suivre avec une main relativement faible, préférez miser tout en étant capable de folder sur une relance au tournant, que suivre jusqu’au bout avec la seconde meilleure main. Quelquefois, face à un maniaque, préférez suivre.
N’oubliez pas non plus qu’un signe de faiblesse est une invitation à bluffer (tout en gardant à l’esprit que ce peut être un piége). Un call est signe de faiblesse en loose game, et quelquefois de force en tight game. Il est généralement admis, qu’il ne faut pas tenter de bluffer une calling station, toutefois certaines stations sont susceptibles de suivre vos bluffs jusqu’à la riviére avec une pocket pair, et de folder s’ils ne se sont pas améliorées, ou encore de payer votre bluff riviére avec A high. En général en low limit, en duel avec AK vous n’aurez souvent pas à réfléchir la plupart du temps, et vous devrez miser jusqu’au bout si votre adversaire montre de la faiblesse. Faites néammoins attention que la limite entre un bon jeu agressif et un jeu de maniaque est mince.
En conclusion, l’option standart est souvent le meilleur choix, mais c’est s’en déttacher quelque fois quand la situation le demande qui vous donnera un véritable avantage sur vos adversaires et un rendement important sur le long terme.
Appendice 1 : Considération supplémentaires sur la structure du holdem
L’existence de plusieurs tours de mise, le dévoilement successif des cartes, et l’augmentation au tournant de la taille des mises modifient d’une certaine maniére la régle d’or comme quoi c’est le mouvement qui posséde la meilleure espérance qui doit être choisi. Cette régle s’applique en fait dans presque tout ce que nous vennons de dire (en bluffant par exemple, nous ne choisissons pas un mouvement ayant une espérance moindre, nous prennons le mouvement ayant la meilleure espérance en considérant l’apport de notre relance sur l’estimation de nos chances de victoire). Pour le slowplay se sont par contre plusieurs tour de mise qui sont pris en considération. On choisie une espérance faible lors d’un tour de mise, pour une bien meilleure au tour suivant.
Appendice 2 : Comparaison low stakes vs high stakes
Les sources du profit sont différentes en fonction de la hauteur de la limite à laquelle vous évoluez.
En low limit, vous tirez principalement votre argent des erreurs de vos adversaires qui rendent les coups rentables en y apportant de l’argent alors qu’ils sont largement underdog. En high stake, le nombre de mauvais joueurs diminue, et en même temps heureusment le rake aussi. Toutefois, les situations de bluffs se font plus nombreuses. Une situation de bluff est rendu possible en medium/high stake à partir du moment ou en misant vous savez qu’un call adverse est une erreur si votre adversaire ne posséde pas une main légitime, et vous savez aussi que votre adversaire est assez bon pour ne pas commettre cette erreur. (évidement les chances qu’il posséde cette main légitime doivent être suffisament faibles).
Appendice 3 : Comparaison low stake limit vs low stakes no limit
En limit, une erreur vous est rarement directement profitable. L’argent qui est perdu dans un call n’ayant pas assez de cotes est équitablement redistribué entre les mains légitimes en présences. En no limit, un bon joueur cherchera les erreurs adverses qui lui sont directement profitables. D’ou le vieux dicton disant que le no limit c’est amener son adversaire à mettre tout ses jetons au milieu du tapis. Ce principe ainsi que les énormes implieds propres au no limit justifient un jeu bien plus loose.

